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Cinéma – Bruegel, le moulin et la croix

Cinéma en partenariat avec Sceni Qua Non

BRUEGEL, LE MOULIN ET LA CROIX  (The Mill and the Cross)

de Lech Majewski

Mercredi 2 AOÛT 2017 | 17h30 | Cinéma “le Select”, Saint-Honoré-les-Bains


 

Bruegel, le moulin et la croix (The Mill and the Cross)
De Lech Majewski. Pologne, 2011 – Durée : 1h32
Avec : Rutger Hauer, Charlotte Rampling, Michael york…

Année 1564, alors que les Flandres subissent l’occupation brutale des Espagnols, Pieter Bruegel l’Ancien, achève son chef d’œuvre « Le Portement de la croix », où derrière la Passion du Christ, on peut lire la chronique tourmentée d’un pays en plein chaos.
Le film plonge littéralement le spectateur dans le tableau et suit le parcours d’une douzaine de personnages au temps des guerres de religions. Leurs histoires s’entrelacent dans de vastes paysages peuplés de villageois et de cavaliers rouges. Parmi eux Bruegel lui-même, son ami le collectionneur Nicholas Jonghelinck et la Vierge Marie.

 

Plus d'informations

Inspiré par une étude du critique d’art Michael Gibson sur Le Portement de croix de Pieter Bruegel l’Ancien, le film Bruegel, le moulin et la croix vient étendre l’une des lignées cinématographiques les plus restreintes : l’adaptation d’une oeuvre picturale à l’écran. Genre délicat s’il en est, au croisement des arts, il est souvent porté par une ambition forte, parfois démesurée, esthétiquement totalitaire.
Dès le tout premier plan, Bruegel se révèle être de ces films-là. Dans un lent silence, la caméra et l’oeil avancent le long d’un décor peuplé de modèles vivants, aussi immobiles que possible, attendant d’offrir au pinceau du maître ses couleurs. Le pari ne saurait être plus clair : il ne s’agit pas de raconter l’histoire du tableau, pas seulement.
Il faut retrouver en deçà de la toile la pose originelle, ses teintes, son tremblé, son imperfection tout entière, avant qu’elle ne trouve à s’aplanir sous le pinceau du maître, éternisée. Et tandis que le modèle se dédouble entre la toile et l’objectif, la caméra construit plan par plan, comme trait par trait, une image de tableau.

 

Exercice d’esthétique
Lenteur et silence. La création s’élabore par succession de poses. Le travail sur la lumière est admirable, les couleurs éblouissantes, la composition si parfaitement rigoureuse qu’on en pourrait tracer, les yeux fermés, chaque ligne de force. Les hommes et femmes en costume, filmés sur fond vert, sortent vigoureusement du décor.
Toutes les quinze ou vingt minutes, un personnage modèle prend la parole avec la solennité d’un homme de foi. Il parle peu. Chaque phrase vient presque en trop, comme un blasphème contre l’image : entre la sentence et l’aumône, une clef nécessaire aux faibles que nous sommes, à dépendre petitement des mots. L’ultime échange du peintre avec son commanditaire sonne comme une leçon d’histoire de l’art conçu comme art sacré, et la belle métaphore de l’araignée travailleuse prend des allures de parabole.
Le projet Bruegel fut, à n’en pas douter, un exercice d’esthétique passionnant, fixé dans un réseau arachnéen de grandes questions sur l’art et la manière, le rapport de l’oeil à la toile, les liens et les écarts de la toile à l’écran. Mais à multiplier ainsi les cadres et les poses, le film de Lech Majewski, peintre à ses heures, rappelle bien malgré lui l’histoire de Pierre Ménard, ce héros de Borges qui consacra sa vie à réécrire mot par mot, à l’identique, le Don Quichotte de Cervantès.
Les modèles oubliés au dernier plan du film, la toile qui avait toujours été là réapparaît, comme s’il ne devait rester qu’elle. Dans les pas de Pierre Ménard, Lech Majewski touche à son but. Du second comme du premier, peut-être, l’écrivain aurait-il été tenté de conclure qu’ »il n’y a pas d’exercice intellectuel qui ne soit finalement inutile ».

Noémie Luciani (Le Monde)

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